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On appelle ombromanie l’art de créer des ombres avec les mains (à la différence du théâtre d’ombres qui utilise des silhouettes découpées). Cet art ancestral, pratiqué depuis des millénaires dans un cadre exclusivement privé, fit son entrée sur les scènes du music-hall vers la fin du XIXe siècle, à une époque où le public était avide de nouveautés visuelles et spectaculaires. Peu avant l’invention officielle du cinématographe en 1895 par les frères Auguste et Louis Lumière, de nombreux illusionnistes, à la fois magiciens et conteurs, présentaient dans toute l’Europe des spectacles d’ombres chinoises. Le public en raffolait.

 

Tout comme on va au cinéma de nos jours, on venait se divertir et rêver devant les ombres !

 

Le succès extraordinaire de l’ombromanie dans les théâtres à la fin du XIXe siècle annonçait la fascination du public pour le grand écran. À l’époque, de nombreux chercheurs, magiciens, photographes ou inventeurs cherchaient et trouvaient des procédés de plus en plus perfectionnés pour obtenir des images proches de la réalité.

Les premiers projecteurs de cinéma allaient bientôt remplacer les lampes servant aux ombromanes, et la pellicule, leurs mains agiles. Le spectacle des images animées et projetées devant un public, devenait encore plus magique, plus sophistiqué. Le cinématographe était né.

Malgré le succès de cette nouvelle forme d'art, quelques artistes, comme le célèbre ombromane Trewey (qui avait d’ailleurs organisé les premières représentations publiques du cinéma Lumière à Londres en 1896), continuèrent à présenter leurs spectacles d’ombres, mais l’attrait de la nouveauté et le succès du cinéma ne leur permirent pas de rester des « stars » très longtemps. Le cinéma avait définitivement la préférence du public.

Les spectacles d’ombres créées avec les mains n’ont jamais vraiment disparu depuis, mais leur nombre a fortement diminué. Les artistes qui présentent encore cette forme de spectacle sont souvent des magiciens, car leurs doigts souples leur permettent de créer des formes précises. Ils sont malheureusement de moins en moins nombreux à perpétuer cette ancienne tradition face au développement inéluctable des nouvelles technologies. Dans le monde entier, on recense seulement une vingtaine d’ombromanes.